Charte de cubage et d'achat

Mesurer le bois de la même façon, avant de parler d'argent

Un menuisier nous l'a dit très justement : le vrai problème n'est pas le prix, c'est le cubage. Il existe plusieurs façons parfaitement légitimes de mesurer une grume, et autant de façons de déduire l'aubier ou de purger le cœur. Tant que la règle est annoncée à l'avance, tout va bien. Quand elle apparaît à la fin, c'est un litige. Cette page dit les méthodes, puis propose une charte commune aux membres de la plateforme.

Les façons de cuber le bois

Cubage réel d'une grume (formule dite « de Huber »)

La référence entre professionnels, et la méthode que nous recommandons par défaut.

V = 3,1416 × (D/2)² × L, avec D le diamètre mesuré à mi-longueur, sous écorce

On mesure la longueur de la bille (au décimètre près) et le diamètre à la moitié de cette longueur, en croisant deux mesures perpendiculaires dont on fait la moyenne (une grume n'est jamais ronde). L'écorce se déduit : soit on mesure sous écorce, soit on retire l'épaisseur mesurée sur deux entailles. Exemple : une bille de 4 m à 50 cm de diamètre = 0,785 m³.

Cubage des deux bouts (formule dite « de Smalian »)

Pratique quand la bille est en tas et qu'on ne peut pas atteindre son milieu.

V = ((S petit bout + S gros bout) / 2) × L

On cube les surfaces des deux extrémités et on en fait la moyenne. Cette méthode surestime légèrement les billes très coniques : c'est acceptable sur du bois droit, discutable sur une culée ou un houppier.

Cubage au quart de circonférence (« cubage du commerce »)

Encore très utilisé en achat de grumes de chêne. Il ne donne PAS le volume réel : il donne le volume d'un carré inscrit dans la grume.

V = (C/4)² × L, avec C la circonférence à mi-longueur sous écorce

C'est une convention historique qui intègre d'avance la perte au sciage et l'aubier : elle donne environ 21 % de moins que le cubage réel. Elle n'est ni malhonnête ni fausse — à condition que le prix au mètre cube annoncé soit plus élevé en conséquence. Le piège est de comparer un prix « au quart » avec un prix « au réel » : à 250 €/m³ au quart, vous êtes en réalité payé environ 197 €/m³ réel.

Cubage d'un arbre sur pied (tarifs de cubage)

Pour estimer avant abattage, sans jamais prétendre à la précision du bois au sol.

Circonférence à 1,30 m du sol + hauteur estimée de la bille → tarif de cubage

On utilise les tarifs classiques (Schaeffer, tarifs à une entrée) qui donnent un volume approché à partir de la circonférence à hauteur de poitrine. C'est une estimation : l'écart avec le bois au sol peut atteindre 15 à 20 %. Une vente sur pied honnête indique toujours qu'il s'agit d'une estimation.

Cubage du bois scié (plots, plateaux, avivés)

Après sciage, on ne parle plus de m³ de grume mais de m³ scié. Jamais les deux ensemble.

V = épaisseur × largeur × longueur, largeur relevée à mi-longueur de la planche

Pour un plot (grume sciée et reconstituée), on mesure la largeur à mi-longueur de chaque plateau, aubier compris ou non selon ce qui a été convenu. Pour de l'avivé, on cube la section nette après délignage. La perte de sciage (trait de scie, dosses, délignage) fait qu'un mètre cube de grume rend 0,5 à 0,7 m³ scié utilisable.

Bois de chauffage : stère et mètre cube apparent

Le stère n'est pas un mètre cube de bois : c'est un mètre cube apparent de bois d'un mètre.

1 stère = 1 m³ apparent en bûches de 1 m ≈ 0,8 m³ apparent en 50 cm ≈ 0,7 en 33 cm

Un vendeur sérieux annonce la longueur de coupe et le volume apparent correspondant. « Un stère de 33 cm » n'existe pas : c'est environ 1,4 m³ apparent de bûches de 33 cm qu'il faut pour faire un stère.

L'usage français : ce qui fait référence chez nous

Le cubage n'est pas universel. En France, il existe une norme d'application obligatoire pour les transactions de bois ronds, doublée d'une norme européenne, et par-dessus des usages commerciaux régionaux. Cette charte se place dans ce cadre-là, et pas dans un cadre étranger.

La norme française : NF B53-020

C'est le texte de référence pour le cubage des bois ronds et assimilés faisant l'objet d'une transaction commerciale en France. Elle fixe le volume réel pièce par pièce (diamètre à mi-longueur, sous écorce, moyenne de deux mesures croisées) et les règles d'arrondi. C'est elle qui fait foi quand un litige arrive chez un expert.

La norme européenne : NF EN 1309-2

Elle harmonise la mesure des bois ronds en Europe (principes de mesure et règles de calcul du volume, feuillus et résineux). C'est pour cela que la référence à annoncer, dans une transaction sérieuse, est « cubage selon NF B53-020 » ou « selon NF EN 1309-2 » — pas seulement « au réel ».

Le cubage au quart : un usage commercial, pas une norme

Le quart de circonférence reste un usage bien vivant en chêne, hérité des ventes de bois d'équarri. Il est parfaitement acceptable entre gens qui s'entendent, mais il n'est pas la norme : c'est un mode de comptage négocié. En France on le rencontre surtout sur les feuillus de qualité, presque jamais sur les résineux, qui se cubent au volume réel.

La découpe : la règle française qui change tout le volume

Une grume est toujours cubée « jusqu'à une découpe » : découpe bois d'œuvre selon le diamètre fin bout convenu, découpe à 7 cm de diamètre pour l'industrie et le chauffage. Deux cubages du même arbre peuvent différer de 20 % simplement parce que la découpe n'est pas la même. On l'annonce donc en même temps que la méthode.

Volume réel ou volume encombrement

Pour les bois empilés (billons, industrie, chauffage), l'usage français est le volume encombrement de la pile — longueur × hauteur × largeur de pile — auquel on applique un coefficient d'empilage (souvent 0,6 à 0,7) pour revenir au volume réel de bois. Le stère est un cas particulier de ce volume apparent.

Les usages locaux et les documents de la filière

Au-delà des normes, la France a des usages régionaux (clauses de vente, délais d'enlèvement, remise en état des places de dépôt) et des documents de référence : fiches de cubage du CNPF/CRPF pour les propriétaires, contrats d'approvisionnement types de la filière. Notre charte ne les remplace pas : elle les rend lisibles pour un particulier qui vend son premier arbre.

Et ailleurs, ce n'est pas la même chose

Utile si vous discutez avec un acheteur étranger ou si vous lisez des prix trouvés sur internet : la même bille peut afficher trois volumes différents selon le pays.

ZoneRègle de comptage dominante
France, EuropeMètre cube, volume réel sous écorce, NF B53-020 / NF EN 1309-2. Usage commercial du quart de circonférence sur les feuillus de qualité.
Royaume-Uni, bois tropicaux, ex-CommonwealthHoppus foot / mètre cube Hoppus : même principe que notre quart de circonférence, donc environ 21 % sous le volume réel.
Espagne, PortugalMètre cube également, mais l'eucalyptus et le pin s'achètent très souvent à la tonne, sur bascule, humidité comprise : un prix à la tonne ne se compare pas à un prix au m³.
Amérique du NordBoard foot avec des barèmes (Doyle, Scribner, International 1/4") qui donnent des volumes différents pour la même bille. Rien de tout cela n'est utilisable tel quel en France.

La charte : 10 engagements

Elle n'a pas de valeur juridique. Elle sert de langage commun : un vendeur et un acheteur qui s'y réfèrent savent d'avance comment le volume sera compté.

  1. 1. On annonce la méthode de cubage avant de parler prix

    Cubage réel selon la norme française NF B53-020, cubage au quart de circonférence, tarif sur pied, m³ scié ou m³ apparent : la méthode ET la découpe retenue sont écrites dans l'annonce ou le message. Un prix sans méthode ne veut rien dire.

  2. 2. On mesure ensemble, ou au moins de façon vérifiable

    Le cubage est fait contradictoirement quand c'est possible, sinon les mesures sont transmises bille par bille (longueur, diamètre, essence) avant enlèvement. Un tableau de cubage, même écrit à la main sur une photo, vaut mieux qu'un forfait.

  3. 3. L'aubier se déduit selon une règle dite à l'avance

    En chêne, l'aubier n'est pas du bois d'œuvre pour la menuiserie intérieure, mais il l'est pour beaucoup d'usages en charpente et en bardage. Trois pratiques existent : aubier compris, aubier déduit en totalité, ou déduit de moitié. Aucune n'est interdite — mais elle est annoncée avant, pas retenue au moment de payer.

  4. 4. Les purges (cœur, gélivure, nœuds, roulure) sont chiffrées, pas décidées après

    Si l'acheteur prévoit de purger le cœur des plateaux, une gélivure ou un défaut, il l'indique avant : soit en abattement de volume, soit en abattement de prix, avec le pourcentage annoncé. Un défaut découvert à l'ouverture se rediscute d'un commun accord, avec photo.

  5. 5. On ne mélange jamais deux unités dans une même comparaison

    m³ de grume, m³ scié, stère et m³ apparent sont quatre choses différentes. Toute offre indique l'unité en clair. Sur cette plateforme, chaque annonce précise son unité.

  6. 6. L'écorce n'est pas du bois

    Les diamètres sont pris sous écorce, ou l'épaisseur d'écorce est déduite (couramment 1 à 3 cm de diamètre selon l'essence et l'âge). Cuber sur écorce en payant un prix de bois d'œuvre revient à faire payer l'écorce au prix du chêne.

  7. 7. Les longueurs comprennent la surlongueur, elle n'est pas payée deux fois

    On laisse habituellement 5 à 10 cm de surlongueur par bille pour recouper les éclats d'abattage. Cette surlongueur n'est pas comptée dans le volume vendu : on cube la longueur utile.

  8. 8. L'accès et le chargement font partie de l'accord écrit

    Qui débarde, qui charge, qui range, qui remet le terrain en état, et jusqu'à quelle date le bois peut rester. C'est la première cause de litige, avant le prix.

  9. 9. Le prix est ferme sur le volume cubé, pas sur une impression

    Le montant final se calcule sur le cubage validé par les deux parties. Toute révision est motivée (défaut caché, volume différent de l'annonce) et documentée par des photos.

  10. 10. On paie un prix qui laisse vivre les deux côtés

    Le propriétaire doit gagner plus qu'en bois de chauffage, l'artisan doit acheter moins cher qu'en négoce. C'est exactement l'espace que cette plateforme cherche à ouvrir. Un bois bradé sort de la filière locale aussi sûrement qu'un bois hors de prix.

Les bons réflexes

  • Mesurer chaque bille séparément, et écrire les mesures.
  • Croiser deux diamètres perpendiculaires et faire la moyenne.
  • Dire l'unité et la méthode dans la première phrase de la négociation.
  • Photographier les bouts de bille : le cœur et l'aubier se voient.

Ce qui crée les litiges

  • Vendre « le tas » ou « la coupe » au forfait, sans aucun cubage.
  • Comparer un prix au quart de circonférence avec un prix au cubage réel.
  • Découvrir la déduction d'aubier ou la purge du cœur au moment du chèque.
  • Annoncer des stères sans préciser la longueur des bûches.

Questions fréquentes sur le cubage

Quelle est la méthode traditionnelle de cubage du bois en France ?
Pour les grumes, la méthode traditionnelle du commerce est le cubage au quart de circonférence : on mesure la circonférence à mi-longueur sous écorce, on la divise par quatre et on élève au carré, puis on multiplie par la longueur. Elle donne environ 21 % de moins que le volume réel, car elle intègre d'avance la perte au sciage et l'aubier. Le cubage réel (formule de Huber, diamètre à mi-longueur) est aujourd'hui la référence technique.
Pourquoi le cubage au quart donne-t-il moins que le volume réel ?
Parce qu'il calcule le volume du plus grand carré inscrit dans le cercle de la grume, et non le volume du cylindre. Le rapport est d'environ 0,785 : c'est une manière ancienne d'estimer directement le bois équarri utilisable.
Faut-il déduire l'aubier du chêne ?
Cela dépend de l'usage. L'aubier n'est pas durable et se déduit en menuiserie et en bois exposé. Il reste utilisable en usages intérieurs secs et en pièces de structure abritées. La bonne pratique n'est pas de trancher pour tout le monde, mais d'annoncer la règle retenue avant la vente : aubier compris, déduit, ou déduit de moitié.
Combien de bois scié obtient-on d'un mètre cube de grume ?
En sciage sur place, comptez 0,5 à 0,7 m³ de bois scié utilisable par mètre cube de grume, selon le diamètre, la rectitude et les épaisseurs demandées. C'est pour cela qu'un prix au m³ scié n'est jamais comparable à un prix au m³ de grume.
Cette charte est-elle obligatoire sur la plateforme ?
Elle n'a pas de valeur juridique : c'est un engagement de bonne pratique entre membres. Elle sert de référence commune en cas de désaccord, et les membres qui s'en réclament l'indiquent dans leurs annonces.

Passer du cubage au prix

Une fois le volume connu et l'unité claire, les fourchettes de prix deviennent utilisables. C'est là qu'on voit ce que vaut vraiment un arbre selon l'étape où on le vend.